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Les Chevaliers de bronze

Dernière mise à jour : 17 févr.

Ils étaient quatre mecs. Quatre potes. Des noms qui résonnent dans les vallées. Parfois pas plus loin. Quatre skieurs d’horizons si différents mais qui portent la même histoire.

Dimanche, Richard Jouve, Hugo Lapalus, Clément Parisse et Maurice Manificat ont offert à l’équipe de France de ski de fond une troisième médaille consécutive en relais. Le bronze à chaque fois.

La couleur d’une breloque pose un sentiment pour le spectateur, elle ne dit pas toute l’émotion qui l’enveloppe. Dans le tourbillon de ces JO à l’autre bout du monde, ces quatre gars et toute leur bande en doudoune bleue ont débordé de joie et de folie. Dans notre canapé, sur l’écran de notre téléphone, dans ce bouillon de cris et de rires, on les a entendu fredonner les premières notes d’une mélodie. Un truc entêtant et enivrant.

La première fois, c’était il y a huit ans. Ce jour-là, je me souviens des larmes qui roulaient sur les joues de Jean-Marc Gaillard. Des yeux rougis de Vincent Vittoz qui était allé chialer pudiquement dans la forêt. La France, pour la première fois de son histoire, arrachait une médaille en relais aux Jeux. C’était beau. Fou et insensé.

Quatre ans plus tard, à PyeongChang, ils avaient recommencé. La même intensité, la même candeur. J’avais chanté avec eux. Pas de larmes mais une joie débordante et un sentiment espiègle que le monde leur appartenait. J’avais une accréditation sur le torse, pas de dossard, mais j’étais comme eux. Un enfant de la glisse, un enfant du fond.

Dimanche, je les ai vu crié encore. De loin cette fois-ci. J’ai ri et pleuré avec eux pourtant. J’ai vu des Russes et des Norvégiens les accompagner et les regarder tout autant surpris qu’amusés par leur drôle de farandole débridée. Ils ne doivent pas comprendre pourquoi à chaque fois ces gars se marrent comme si ils avaient gagné. Ils ne peuvent pas comprendre parce que leur histoire leur interdit.

Ils ont, eux aussi, essuyé les critiques et les remarques qui emportent les plus belles convictions. Mais ce n’était pas pour les mêmes raisons.

L’équipe de France a longtemps vécu engoncé dans ses complexes. Pas assez brillante, pas assez talentueuse, pas assez forte. Ce ne sont peut-être que des mots mais les mots parfois brident les destins.

Je me souviens gamin que l’exemple n’était pas français. Il était norvégien, russe, finlandais ou suédois. Difficile d’écrire une histoire quand on nous dit qu’on ne sera jamais des héros.

Il a fallu de quatre gars et d’un Italien. De quatre potes et d’un mec à l’accent chantant qui croyait aux belles fins pour changer ce destin. Il y a 18 ans, Christophe Perrillat, Alexandre Rousselet, Vincent Vittoz et Emmanuel Jonnier, emmenés par Roberto Gal, remportaient à la Clusaz un relais de Coupe du monde. Une première pour l’équipe de France.

Elle n’a jamais réédité cet exploit mais ça, au fond, on s’en fout. Parce que la petite graine plantée ce jour-là a éclos. Elle a laissé place à un arbre de vie sur les branches desquelles des générations de minots se balancent aujourd’hui.

Le héros a changé de drapeau. Plus de complexes, plus de peur, juste une fierté d’être un fondeur français. Ça ne semble pas grand-chose mais, au fond, ça fait toute la différence.

Dimanche, dans leurs éclats de voix, c’est ce qu’ils ont chanté. Hugo Lapalus l’a dansé sur le podium. C’est une chorégraphie du plaisir, du bonheur d’être et d’avoir. En le regardant, j’ai souri. J’ai eu une pensée pour Jean-Marc Gaillard, capitaine de route éternel, qui arrêtera peut-être à la fin de l’hiver et qui portait ces dernières saisons avec Maurice Manificat cette histoire à bout de bras. J’ai revu Emmanuel Jonnier se cacher sous son dossard à Vancouver en 2010 quand les Bleus étaient venus buter au pied du podium. Quatrième comme à Turin et inconsolable. Je ne pouvais pas oublier Vincent Vittoz, défricheur de rêves un jour béni de février 2005 sur la double poursuite des Mondiaux d’Oberstdorf et qui veille depuis quatre ans au destin des biathlètes. J’ai pensé à Alexandre Rousselet qui, en 2004, avait lui aussi ouvert une brèche et qui, aujourd’hui assis au chevet des Bleus, veille à transmettre cette philosophie née dans les ressacs d’une victoire inattendue. Ce ne sont que des mots mais à une époque ceux-ci déchiraient les rêves, aujourd’hui, ils les portent.

J’ai repensé à tous ceux sans qui rien ne serait possible aujourd’hui. C’est un peu d’eux, un peu de nous, un peu de vous. C’est toute cette famille qui vibre ensemble.

L’histoire continue à s’écrire. Demain, il y aura d’autres noms, d’autres médailles, d’autres visages. Et on fredonnera toujours avec gourmandise cette douce mélodie.





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